ISLAMABAD (AFP) - La controverse enfle au Pakistan sur les circonstances de la mort de Benazir Bhutto dans un attentat suicide qui a exacerbé les tensions et menace désormais les élections prévues début janvier. Evènement
Chef présumé d'Al-Qaïda au Pakistan, Baïtullah Mehsud a démenti être à l'origine de cette tragédie, survenue jeudi.
"Il n'est pas impliqué dans cet attentat", a déclaré samedi à l'AFP un de ses porte-parole, le maulana Omar, dénonçant "un complot du gouvernement, de l'armée et des services de renseignement" pakistanais.
Le ministère pakistanais de l'Intérieur affirme que les services de renseignement ont intercepté un appel téléphonique dans lequel Mehsud félicitait un de ses hommes après l'attentat, et indiqué l'endroit où il se trouvait dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan.
Il y a "une preuve irréfutable" que le réseau d'Oussama ben Laden "tente de déstabiliser le Pakistan", a assuré le porte-parole du ministère, Javed Cheema.
Le kamikaze a ouvert le feu sur Benazir Bhutto à l'issue d'un meeting électoral à Rawalpindi (banlieue d'Islamabad), avant de faire exploser la bombe qu'il portait sur lui, tuant au moins 20 personnes
La porte-parole de Benazir Bhutto a affirmé à l'AFP que l'ex-Premier ministre avait été touchée par une balle à la tête, démentant la version officielle.
"J'ai vu qu'elle avait une blessure par balle à l'arrière de la tête et une autre, causée par la sortie de la balle, de l'autre côté de la tête", a déclaré Sherry Rehman, assurant avoir lavé le corps avant l'enterrement.
Le gouvernement, citant les médecins qui ont effectué l'autopsie, affirme que Benazir Bhutto a été tuée par un choc à la tête en heurtant le levier du toit ouvrant de sa voiture, pour éviter les balles de l'agresseur. Aucune balle n'aurait touché Benazir Bhutto.
"C'est ridicule (...) c'est une tentative pour déguiser la vérité", selon Mme Rehman.
"On a demandé aux responsable de l'hôpital de changer leur version, ils n'ont pas donné le rapport original" de l'autopsie, a-t-elle accusé.
Quelle qu'en soit la cause directe, la mort de Benazir Bhutto est le résultat d'un attentat.
Le Parti du Peuple Pakistanais (PPP) que dirigeait Benazir Bhutto, principal mouvement de l'opposition, accuse le pouvoir du président Pervez Musharraf de l'avoir "tuée" en lui refusant une sécurité appropriée alors qu'elle faisait l'objet de menaces "précises". Elle avait été la cible, le 18 octobre, d'un double attentat suicide à Karachi, le plus meurtrier de l'histoire du pays, avec 139 morts.
Au deuxième des trois jours de deuil national, boutiques, magasins d'alimentation, stations d'essence étaient presque tous fermés dans les grandes villes.
Les transports publics étaient quasi-inexistants et très peu de voitures circulaient, les chauffeurs cherchant à remplir en vain leur réservoir ou à dénicher un magasin d'alimentation ouvert.
Certaines artères, essentiellement à Karachi, mégalopole de 12 millions d'habitants et fief du parti de Benazir Bhutto, portaient des traces des violences entre émeutiers et forces de sécurité qui ont reçu l'ordre vendredi de "tirer à vue", selon un journaliste de l'AFP.
Au moins 38 personnes ont péri dans ces combats de rue depuis la mort de l'ex-leader de l'opposition, dont 24 dans la province méridionale du Sind.
Quelque 16.000 soldats des troupes paramilitaires y ont été déployés dont 10.000 pour la seule Karachi, la capitale provinciale.
Une nouvelle manifestation a éclaté samedi à Lahore, la grande ville du nord-est, où 10.000 personnes ont scandé des slogans anti-gouvernement et prié pour l'ancienne Premier ministre.
Quelques heures plus tard, le président Musharraf ordonnait aux forces de sécurité de faire preuve de fermeté face aux émeutiers.
"Les éléments qui tentent d'exploiter la situation en volant et en pillant devront être traités avec fermeté et tout doit être fait pour assurer la sécurité des citoyens", déclarait le chef de l'Etat.
Dans ce contexte, les élections législatives du 8 janvier pourraient être annulées. Le processus est "défavorablement affecté" par les violences, a admis samedi la commission électorale qui tiendra une réunion spéciale lundi.
Le parti de Benazir Bhutto dira dimanche s'il participe ou s'il boycotte ces élections cruciales pour le président Musharraf, qui doit s'appuyer sur une majorité pour diriger le Pakistan, république islamique de 160 millions d'habitants.
Un haut responsable du parti au pouvoir a estimé que le scrutin n'aurait "aucune signification" sans le PPP. L'autre principale formation d'opposition, de l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif, a déjà annoncé son intention de boycotter.
La mort à 54 ans de Benazir Bhutto, qui avait promis d'"éliminer la menace islamiste" du pays, est survenue après une série record d'attentats suicide dans l'histoire du pays, qui ont fait près de 800 morts en 2007, attribués, ou revendiqués par, les militants proches d'Al-Qaïda, au premier rangs desquels figure Mehsud.

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